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Noct et Scatophilie

On s’embrasse à pleine bouche, il est cinq heures du matin. Cinq putains d’heures après minuit. J’ai l’impression d’avoir huit ans, accroché à une sucette qui se prend pour des lèvres. La musique s’écoule lentement ; le beat est un défibrillateur mais il ne me réanime pas. Je ne m’éclate jamais. Pourquoi est-ce que je ne m’éclate jamais ?

Les stroboscopes de la boîte de nuit rendent ma traversée jusqu’aux chiottes quasiment impossible ; c’est qu’il me faudrait ABSOLUMENT vomir l’être abject que je suis. Je pensais qu’en entrant dans ce monde au volume trop fort je ne pourrais plus REFLECHIR, me voici à proférer des menaces de mort contre toutes ces putes qui exhibent leur nombril percé. Ces gens-là n’ont aucune raison d’être heureux, ils rentreront seuls dans le froid, l’esprit dopé à la Vodka Redbull.
Et toi ? Et moi ? Qu’allons-nous devenir ? Quoi ? Tu ne m’entends pas ? Je suis lessivé.
Il faudrait partir, oser fouler le linoléum et chercher la sortie entre les corps qui suintent et les mains liées. Quelque chose me retient. Sans doute est-ce cette envie lancinante de pisser.
J’ouvre ta bouche, tu sembles surprise, comme tétanisée, stoïque pour ton premier rapport scatophile. « Aïe ! », tu as mal lorsque je tire sur tes cheveux.
« Agenouille-toi immédiatement.
— Mais…qu’est-ce que tu es en train de faire… ?!
— Je me venge de moi-même, lui dis-je, il fallait tendre l’oreille PETASSE. Tout a un prix, tout se paie. Je rétablis l’ordre et la justice : puisse cette urine te désaltérer jusqu’à plus soif. »
C’est ma tournée, des beaufs m’imitent : ils ne savent faire que ça ; pantomimes d’une vie sur MTV. Bientôt, toutes les brebis égarées recevront une giclée sur leurs lunettes Gucci.
« Le Graal mesdames et messieurs, le GRAAL ! Je vous montre en direct ce que vous mater à longueur de temps sur INTERNET.
— Tu es taré !!!, s’écrie la dévergondée à genoux.
— Ma chérie, il faut bien que je m’occupe quand tu ne me satisfais pas.»
Soudain, un photographe de SoonNight surgit pour immortaliser la scène. Je suis démasqué.
Zip de fermeture Eclair. Demi-tour. Fuite à toute berzingue. Forêt de personnes et caleçon inondé de pisse. Dans la cohue, mon nez vient s’écraser contre un pilier de marbre. Je vacille et le sang s’écoule dans ma gorge. Je crois que je suis en train de perdre connaissance. Tout me semble si flou… Impression de respirer enfin… Cette vie d’adulte ne me ressemble pas… Pourquoi ai-je sans cesse mal au ventre… ? Je ne suis pas à plaindre, je ne suis pas à plaindre, jenesuispasàplaindre… Une dépression devient-elle officielle après une tentative de suicide… ?
Et puis plus rien, le vide. L’absence magnifique.
Que le monde est beau quand on ne le voit plus.

Cette histoire est fausse, j’écris pour oublier que je n’ai rien à vous raconter. C’est ça être égocentrique : avoir peur de passer inaperçu et tout faire pour que quelqu’un se rende compte que l’on existe. Tel est le condensé de la Littérature, un vaste ensemble de mythomanes ayant eu, un jour, la possibilité de figer leur mal de vivre.
Pour la postérité.

Alexis Lucchesi

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Discussions

1 commentaire(s) pour “Noct et Scatophilie”

  1. Pète un coup , mon gars ! ça va passer !

    Par SentisMental | samedi 6 mars, 19:08

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